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Réunis durant une semaine sur le Queen Mary II lors de la croisière organisée par The Bridge, une centaine d’entrepreneurs ont esquissé les réformes nécessaires pour déverrouiller le marché du travail et endiguer le chômage.

Un taux de chômage record… et pourtant des emplois vacants. C’est pour résoudre cette improbable équation et rééquilibrer le marché du travail que des entrepreneurs, réunis lors de la croisière transatlantique organisée par The Bridge, ont rassemblé leurs forces. Le livre blanc tiré de près de 80 entretiens avec des chefs d’entreprise qui en a résulté présente différentes pistes d’amélioration.

Réinventer l’école et la transmission des savoirs

Loin de clouer l’école au pilori, les entrepreneurs lui reconnaissent la fonction essentielle de la transmission des savoir mais aussi d’une certaine culture. C’est pourquoi ils sont aussi attachés à l’amélioration de l’école. Les entrepreneurs souhaitent notamment que la transmission des savoirs laisse plus de place à la transmission des savoir-être et des savoir-faire. “On ne développe pas le savoir être ni la confiance en soi, regrette la cofondatrice d’un groupe alimentaire. On devrait pourtant le faire, pas seulement pour affronter le travail mais la vie tout court.

Autre cheval de bataille : que l’école renforce ses liens avec les entreprises. “Aujourd’hui vous êtes à l’école, demain vous êtes dans l’entreprise. Il n’y a pas de passerelle“, s’agace Charles Clérice de Meynard, président du Groupe Colbert Assurances. Jacques Petry, président du conseil d’administration d’Albioma, esquisse un début de solution : “Les enseignants devraient passer six mois en entreprise dans leur formation. Il faudrait aussi que le monde de l’entreprise soit dans le conseil d’administration des lycées.

Ne plus déconsidérer les métiers manuels et valoriser l’apprentissage

Le constat de Valentin Guillois, président du groupe The Links, est sans appel : “Il y a eu un push générationnel vers des métiers quelque part trop intellectuels qui ne correspondent pas à tout le monde.” Malheureusement, “le système généraliste n’invite pas les jeunes à avoir envie de choisir un métier manuel“, explique Christophe Lefevre, directeur développement chez Vinci Construction France. L’idée de “réserver une aide très significative aux entreprises qui forment des jeunes aux métiers manuels“, émise par Pascal Guégan, dirigeant d’Actalarm-Imact, pourrait ainsi inciter les entreprises à revenir à des métiers manuels.

L’apprentissage est donc logiquement un enjeu primordial pour les entrepreneurs. “Je pense qu’une des priorités en France serait de développer l’apprentissage“, martèle un directeur régional d’une société de conseil. Nombreux sont ceux qui aimeraient pouvoir accueillir des apprentis plus jeunes, pour les sensibiliser au fonctionnement d’une entreprise et leur apprendre les rouages d’un métier. “On parle beaucoup de service civique aujourd’hui mais il vaudrait bien mieux que chaque jeune aille en entreprise six mois“, lance Jacques Petry.

Repenser le recrutement autour de la famille

Laurent Lairy, PDG de Protect’homs, en est persuadé : “La question c’est le conjoint.” Particulièrement vraie pour les entreprises présentes en région, la problématique de la mobilité est un frein majeur pour nombre de chômeurs. “J’ai été dans une ANPE dans le nord de la France mais sur les 10 personnes que j’ai rencontrées, aucune n’a voulu se déplacer dans l’Ouest“, raconte Jean-Charles Vézo, gérant de Vézo Services. “On a voulu une France de propriétaires mais quand on est propriétaire de sa maison, la mobilité c’est beaucoup plus compliqué“, constate amèrement Vincent Jaud, président de SAS Nicodis.

Certains entrepreneurs esquissent des pistes de réflexion, comme la baisse du coût du logement comme priorité des politiques publiques pour favoriser la mobilité. “Dans les clubs associatifs, on essaie en général de trouver une place pour le conjoint quand il y a mobilité. Pourquoi n’y arrive-t-on pas dans l’entreprise ?“, s’interroge Sylvain Roger, DG de Prefa Technicof. “Quand je recrute un cadre, je demande à pouvoir voir aussi le conjoint et je leur fais visiter l’entreprise à tous les deux“, confirme Laurent Lairy.

Autre solution, plébiscitée par les chefs d’entreprise : le télétravail. “On a informatisé l’entreprise pour pouvoir travailler de partout. On est en bureau virtuel. On peut être à la campagne ou n’importe où dans le monde et travailler comme si on était au bureau. Cela correspond aussi à une demande de nos salariés“, souligne Thierry Petit-Perrin, président de Hisi. De son côté, Jean-François Gendron, président de la CCI des Pays-de-Loire, “croit aux villages connectés numériquement, pour faire revenir de l’emploi dans les territoires“.

Les ordonnances de la nouvelle loi Travail, attendues par les entrepreneurs

Simplifier la procédure de licenciement, limiter les indemnités prud’homales, désacraliser le CDI… Autant de demandes des entrepreneurs qui ont été entendues par le gouvernement. Celui-ci s’apprête à publier ses ordonnances sur la nouvelle loi travail pour flexibiliser le marché de l’emploi, faciliter les embauches comme les licenciements et rassurer les chefs d’entreprise dans l’espoir de faire baisser durablement le chômage.

Source : Maddyness