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Connaissance du marché, maturité professionnelle, carnet d'adresses... les cadres seniors ont de nombreux atouts pour donner de l'élan à une PME ou une start-up.

Avides de nouveaux challenges et attirés par l'esprit d'innovation de ces petites structures, des cadres de plus de 55 ans frappent à la porte de PME ou de start-up. Et, surprise, ils sont souvent accueillis à bras ouverts. Elena Fourès, experte en leadership et multiculturalité, fondatrice du cabinet Idem per Idem, nous décrypte cette nouvelle tendance.

Quand des baby-boomers viennent épauler des start-up dirigées par des jeunes de 25 ans, qu'est-ce que cela vous inspire ?

Elena Fourès : C'est un pied de nez à ceux qui pensent qu'après 45 ou 50 ans, votre carrière commence à s'essouffler. Cela permet également de tordre certaines idées reçues, bien ancrées dans notre société, comme le fait de considérer qu'avant 45 ans on est un haut potentiel, et qu'après 45 ans, on est de moins en moins productif. Cela équivaut finalement à nier l'état d'adulte : on passe directement de la jeunesse à la vieillesse. On oublie trop souvent que ce sont les plus âgés qui transmettent les codes et les valeurs au sein de la société, comme au sein de l'entreprise. C'est une vision très court-termiste de vouloir amputer une entreprise d'une partie de ses forces vives.

Dans une start-up, les fondateurs sont souvent des copains de promo et créent une première équipe par affinité culturelle et sociologique. Pourquoi recruter un senior serait une bonne idée ? 

E.F. : Passé 55 ans, vous avez la sagesse, le recul et la hauteur de vue qui manquent parfois cruellement dans les start-up. Diriger une entreprise entre copains a des limites. Le senior peut alors aider à mieux structurer la société qui manque de repères ou de gravitation. Il a mené la guerre ailleurs et sait comment mettre en ordre de bataille une organisation. Face à des banquiers ou à des investisseurs, il saura montrer une image plus rassurante. En interne, il jouera un rôle de modérateur et contribuera à professionnaliser les relations. Il apportera plus de sérénité et donnera du recul en ne confondant pas vitesse et précipitation. Intégré à une start-up ou une PME, l'ex-cadre dirigeant y trouvera aussi son compte. Même s'il aura un salaire inférieur, il va se sentir plus utile et gagnera en liberté. Baigné dans une ambiance stimulante, il retrouvera l'adrénaline de ses débuts. C'est une relation gagnant-gagnant.


Miser sur un choc des générations, par exemple en recrutant un senior de 55 ans pour diriger des jeunes commerciaux, n'est-il pas un pari risqué ?

E.F. : Non. Le concept de choc des générations est une idée fausse. Comme l'idée que les Français ne seraient pas doués pour les langues étrangères. De tout temps et dans toutes les sociétés, les générations ont cohabité. C'est encore le cas dans de nombreux pays où dans chaque famille vivent en harmonie plusieurs générations. En recrutant un senior à un poste clé, on limite les risques. A l'inverse, l'entreprise qui se prive de ses anciens perd son âme. Elle brise un équilibre qui conduit à la multiplication des situations de burn out. Moins de seniors, cela veut dire moins de personnes capables d'écouter l'autre dans sa singularité.


Source : Les Echos