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« Très positif » : c’est ainsi que Thierry Laroue-Pont qualifie le résultat de l’activité de BNP Paribas Real Estate au cours du 1er semestre et ce, dans l’ensemble des métiers du groupe.

Le président dresse un bilan complet, explique sa stratégie de développement (et le rachat du Britannique Strutt & Parker) et fait part de ses prévisions pour les marchés. Il parle ainsi de « fenêtre de tir historique »…

 

Quel bilan pour BNP Paribas Real Estate depuis le début de l’année ?

Le 1er semestre s’est avéré, globalement, très positif puisque nous avons acté un chiffre d’affaires supérieur à celui du 1er semestre 2016 avec une croissance de l’activité dans tous les métiers du groupe et partout où nous sommes implantés, hors le Royaume-Uni. Le fait de disposer d’une présence dans 16 pays avec 6 lignes de métier nous a, en effet, permis de compenser la décélération de l’activité en Grande-Bretagne, alimentée par la baisse cumulée des volumes traités tant en investissement qu’en locatif. Pour ce qui concerne la promotion en immobilier d’entreprise, nous pouvons parler d’un 1er semestre record. D’abord, avec des livraisons d’opérations majeures telles que les 62 000 m2 d’ «Ecowest « livrés en juin à Levallois-Perret (92) avec L’Oréal comme utilisateur ; les 17 900 m2 de « Luminem « livrés en juillet à Bobigny (93), acquis par la CCMSA (Caisse Centrale de la Mutualité Sociale Agricole) ou encore la livraison fin avril des 16 100 m2 d’ «Art & Fact «, le nouveau siège social de PSA à Rueil-Malmaison (92). Nous avons également été particulièrement actifs en ce qui concerne les acquisitions en nous positionnant sur les 11 000 m2 des « Miroirs «, à La Défense (92) ; les 11 200 m2 de l’immeuble « Nodéo «, place de la Rotonde, à Rueil-Malmaison ; les 37 500 m2 de « Metal 57 «, à Boulogne- Billancourt (92) ou encore le lancement « en blanc « fin 2017 des 24 000 m2 de « #Curve «, dans la Zac de la Montjoie, à Saint-Denis (93).
Les acquisitions sont réalisées en vue d’opérations de restructuration pour lesquelles nous trouverons les locataires et que nous revendrons à des investisseurs. Au total, nous avons plus de 200 000 m2 de nouvelles positions foncières en tertiaire. Autant dire que nous croyons au marché… Le « réacteur « de la promotion résidentielle a également tourné à plein avec 1 600 lots mis en chantier au 1er semestre pour un objectif de 2400 lots sur l’ensemble de l’année. Notre performance a été portée par la clientèle de BNP Paribas que l’on peut qualifier d’investisseurs privés et qui représentent plus de la moitié de nos clients. Nous avons, là encore, pris des positions ambitieuses que ce soient 50 000 m2 de logements en co-promotion dans les docks de Saint-Ouen (93) ; 15 000 m2 en développement à Noisy-le-Grand (93) ou encore 24 000 m2, soit 400 logements, dans la Zac de la Montjoie, pré commercialisés à plus de 80 %. Nous nous positionnons également au second tour du concours Inventer la Métropole en étant retenus  pour 5 opérations majeures dont plusieurs offrent une mixité forte commerces/ bureaux/hôtellerie/coworking/résidences étudiants… Parmi elles figurent Franchissement Pleyel, à Saint-Denis, la plus importante réserve foncière du concours (on parle de plus de 150000m2!); Paris 17ème Porte de Saint-Ouen (20 000 m2 environ) ; l’ilôt E Léon Blum, à Issy-les-Moulineaux en résidentiel, tout comme l’ENS de Cachan ou encore près de 800 logements pour Bry-sur- Marne (94).


"Ecowest", à Levallois-Perret (92) : 62 000 m2 livrés par BNP Paribas Real Estate au 1er semestre.

Et l’activité transaction ?

Nos métiers de la transaction ont remarquablement performé, portés par une surperformance de l’activité en France et en Allemagne au cours des six premiers mois de l’année. Le second semestre confirmera cette tendance très positive avec près de 400 000 m2 de négociations en finalisation dans le segment des surfaces de plus de 5 000 m2 par les équipes de Laurent Boucher (président de BNP Paribas Real Estate Advisory France, ndlr). Et plus de 3 milliards d’euros de « deal flow « en investissement…
Qu’en est-il du property management ?
S’agissant du property management, le 1er semestre a été, pour cette activité stratégique, l’occasion de franchir la barre des 38 millions de mètres carrés gérés en Europe avec une forte activité de « business development « qui nous a permis de générer, au cours des six premiers mois de l’année, un revenu supérieur à celui du 1er semestre 2016. Ce métier est, sans doute, l’un de ceux qui sont appelés à évoluer le plus autour de nouvelles attentes de la part de nos clients, qu’ils soient utilisateurs ou investisseurs. Dans ce cadre, notre stratégie a visé à nous structurer autour de trois piliers : une offre de services de plus en plus paneuropéenne ; une exploitation de la donnée qui nous permet d’évoluer vers un property management 3.0 (intelligence prédictive) et une agilité client tant côté utilisateurs qu’investisseurs.
 


"#Curve", à Saint-Denis (93) : lancement en blanc de 24 000 m2 de bureaux en ossature bois d’ici fin 2017…

Et l’investment management ?

Nos activités d’investment management, pour ce qui concerne la ligne de métier Reim France, se sont exprimées par plus d’une vingtaine d’acquisitions signées ou en exclusivité pour un volume d’1,4 milliard d’euros et, pour ce qui concerne la ligne investment management Europe, par près de 3 milliards d’euros d’opérations signées ou sous exclusivité (acquisitions et arbitrages inclus).
Vous avez, au cours de l’été, pris le contrôle du conseil britannique Strutt & Parker. Dans quel cadre s’analyse cette opération ?

Le contexte du Brexit a déjà entraîné, outre- Manche, une contraction des volumes en investissement comme en locatif. Cependant, le Royaume-Uni demeure le deuxième marché européen pour ce qui concerne l’investissement (nous tablons sur 56 milliards d’euros investis cette année outre-Rhin ; 44 milliards en Grande- Bretagne et 31 milliards en France) et le 3ème pour ce qui est de la location. Dès lors, l’acquisition de Strutt & Parker a été le fruit d’un dialogue de plus de deux années avec le partnership. Il s’agit d’une institution réputée, comptant plus de 130 ans d’existence. Nous bénéficions d’une force de frappe de 950 collaborateurs nous apportant trois lignes de métier très complémentaires à celles de BNP Paribas Real Estate UK en résidentiel, rural et commercial. La nouvelle entité combinée comptera 1 500 collaborateurs pour un chiffre d’affaires de 165 millions de livres sterling ; une soixantaine d’implantations en Grande- Bretagne où nous passons en cinquième position parmi les conseils. Enfin, la Grande-Bretagne pèsera 23 % du chiffre d’affaires de BNP Paribas Real Estate, contre 12 % actuellement.
Comment vous positionnez-vous, désormais, par rapport aux sociétés de conseil de taille internationale ?

Nous assumons notre ADN qui est d’être un acteur multi métiers (six au total, avec le property management, l’investment management, la promotion résidentielle et tertiaire et la transaction/expertise/conseil). Notre ambition consiste à être le « best in class « sur tous les types d’actifs en Europe continentale et à figurer dans le tiercé de tête en Grande-Bretagne. Nous sommes convaincus des attentes de nos grands clients quant à toujours plus de diversification de leurs conseils. Ils confirment un appétit pour une approche par produit, métier et par pays en fonction du niveau de compétence et d’excellence du prestataire choisi.


Spaces by Regus, installé par BNP Paribas Real Estate rue Meyerbeer…


Plus généralement, aujourd’hui, quelle stratégie de développement et quelles activités sont prioritaires pour vous ?

Nous devons prendre en compte, d’une part, le process d’intégration de Strutt & Parker sur la fin 2017 et le début 2018. Je serai une journée par semaine en Grande-Bretagne avec, en parallèle, la mise en place d’un « management board « renouvelé. Hors acquisition, notre plan 2020 vise à passer de 700 millions d’euros d’honoraires en 2017 à 850 millions en 2020, soit une croissance de 21 %. L’impact de l’acquisition de Strutt & Parker va nous faire passer, mécaniquement, à plus de 950 millions d’euros. Bref, le milliard n’est plus très loin… Nos moteurs de croissance consistent à passer à 34 milliards d’euros d’actifs sous gestion en investment management, contre 24 milliards actuellement. Sur la partie conseil et property management, nous souhaitons continuer à nous renforcer sur les segments alternatifs aux bureaux (commerce, hôtellerie) et à muscler notre offre de services en Espagne, Italie, Belgique, Pays-Bas et Irlande. Et en promotion, à lancer 1000 logements supplémentaires et poursuivre notre stratégie de réalisation de projets mixtes en Ile-de-France et dans certaines métropoles régionales. Nous comptons également développer notre activité de promotion en Europe avec des opérations majeures, notamment avec BNP Paribas en tant qu’utilisateur.

Quel regard portez-vous sur les marchés hexagonaux tant locatif que de l’investissement ?

Le cru 2017 sera très bon tant côté utilisateurs qu’investisseurs. L’appétit de ces derniers, qu’ils soient nationaux ou internationaux, pour l’Hexagone ne se dément pas, conforté par l’éclaircissement nécessaire du « background « politique post présidentiel et la solidité du couple franco-allemand. Le marché bénéficie, ainsi, d’une fenêtre de tir historique auprès des grands intervenants mondiaux. Il est soutenu par une activité locative attendue à 2,4 millions de mètres carrés de bureaux commercialisés en 2017, portée par un PIB à 1,6% et par une tendance massive à la consolidation/ rationalisation des espaces de travail au sein des grands groupes du Cac 40 et du SBF 120 (nous anticipons plus de 1,1 million de mètres carrés de bureaux commercialisés dans le créneau des surfaces supérieures à 5 000 m2, soit une croissance de 20 % par rapport à 2016) et par une nouvelle catégorie d’utilisateurs aux objectifs renouvelés avec les « flex offices «, espaces de coworking, espaces partagés…


et WeWork pour trois implantations, dont 12 000 m2 au "33 Lafayette".

A ce propos, de nombreux nouveaux concepts voient effectivement le jour, coworking ou autres. Considérez-vous cela comme une mode ?

Je ne considère pas qu’il s’agisse là d’un phénomène de mode. Il faut y voir, au contraire, une tendance lourde, portée par l’économie de l’usage, du partage et de la flexibilité. Une tendance née avec la « geek economy « (et les Gafa, Google, Apple, Facebook et Amazon) et qui va impacter tous les utilisateurs dont les modes de travail évoluent. On va parler de « flex offices «, d’espaces partagés, de travail en mode projet, de nouveaux modèles d’organisation accélérés à la fois par l’agilité offerte par les nouvelles technologies, par une mutation sociétale (la porosité vie privée/vie publique) et les enjeux d’attraction/rétention des talents. Les chiffres sont impressionnants : les espaces de coworking sont passés de 11 000 à 14 000 en un an dans le monde, soit une croissance de 22 % et le volume d’utilisateurs, de 800 000 à 1,2 million, soit une hausse de 41 % ! L’impact sur la demande placée en Ile-de-France est massif : 41 000 m2 commercialisés pour 9 centres de coworking ouverts au 1er semestre 2017. Nos équipes ont, par exemple, installé Spaces by Regus rue Meyerbeer, à l’Opéra, tout comme WeWork pour trois implantations sur 12 000 m2 chez Deka au « 33 Lafayette «, ainsi que chez Blackstone dans le Marais et chez AXA rue La Boétie. Je vois, enfin, une autre conséquence très positive dans cette nouvelle tendance sur la conception même de nos immeubles : nous passons d’une approche mono produit bureaux à une approche par l’usage. Nous verrons, dans le futur, se multiplier les programmes mixtes à l’instar de ceux de Réinventer Paris et Inventer la Métropole, combinant des espaces tertiaires/ coworking, différentes solutions résidentielles, des cultures autour de valeurs d’éco construction, d’emprunte carbone vertueuse…, révélateurs de cette économie collaborative exigée par les jeunes générations…

 
Source : Immoweek