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Le prince charmant de l’économie réelle devra s’armer de patience pour réveiller la belle épargne dormante et la guider sur l’aventureux chemin du private equity…

Les Français et leur épargne : une préférence exceptionnelle pour la liquidité

La Banque de France a communiqué fin août les données relatives à l’épargne et au patrimoine des Français. Les flux et encours d’épargne, présentés de manière globale et par famille de produits, permettent de mesurer les dynamiques et comportement des épargnants. Cette fois encore, les choix et stratégies retenus, marquent d’importantes évolutions que nous vous restituons.

Première information, les Français ont très massivement augmenté leurs dépôts à vue au premier semestre. Si le phénomène n’est pas nouveau, nous l’avons continuellement observé et relayé dans nos analyses depuis 2015, force est de constater que la dynamique s’est accentuée, portant les encours à des niveaux particulièrement importants. Ainsi, les ménages laissent désormais « dormir » sur leurs comptes courants quelques 429 milliards d’euros (fin du premier trimestre 2017). Ceci correspond à peu près au Produit Intérieur Brut de la Pologne pour 2016 (424,58 milliards d’euros). Au premier semestre ce sont déjà 25 milliards d’euros de flux enregistrés. Pour rappel, sur l’ensemble de l’année 2016, 33 milliards d’euros supplémentaires avaient été déposés.

Ce phénomène est la conséquence de la baisse des taux constatée aussi bien sur les livrets réglementés que sur les autres produits de marché. Face à la baisse des rendements mais aussi devant l’absence d’inflation, les ménages s’en tiennent à un comportement d’attentisme et privilégient la sécurité et la liquidité (le caractère immédiatement disponible) des placements. Cette tendance s’est amplifiée en début d’année dans l’attente de l’élection présidentielle. Des programmes économiques prônant la sortie de l’euro ont accentué l’inquiétude des épargnants préférant garder leur argent disponible à tout moment. L’incertitude fiscale qui s’est prolongée au-delà de l’élection, et qui ne sera levée que ces jours-ci, a pu prolonger cet attentisme au cours de l’été. Le Livret A qui avait souffert en 2015 de la baisse de son rendement sous le seuil psychologique des 1% (0,75%) reprend des couleurs en 2017. Près de 10 milliards d’euros ont été collectés sur les six premiers mois de l’année (9,42 milliards), contre seulement 0,36 milliard d’euros sur la même période en 2016. La baisse du taux du Livret A a moins rebuté les épargnants à mesure que les rendements concurrents baissaient. Pourtant la performance du Livret A ne couvrira pas l’inflation en 2017, mais il reste tout de même un peu plus intéressant que le dépôt à vue qui lui n’est pas du tout rémunéré.

Ces deux dynamiques se font au détriment d’autres produits, c’est le cas notamment du Plan Epargne Logement (PEL), dont les « nouvelles générations » offrent 1% de rendement. Après avoir capté les flux d’épargne en 2015 et 2016, profitant de la baisse du taux du livret A, et de l’effet d’opportunité lié aux baisses de son taux à venir, le PEL marque le pas. Ses encours sont passés de 279,5 milliards d’euros (fin 2016) à 281,1 milliards d’euros à la fin du premier trimestre 2017, soit une progression de seulement 0.6%. La progression est faible, à noter toutefois un second trimestre encourageant avec +3,1 milliards de flux, même si cela reste encore éloigné des 23,2 milliards d’euros et 18,3 milliards d’euros enregistrés en 2015 et 2016.

Du côté de l’assurance-vie, les performances ont aussi diminué. Si les assurances-vie ont vu leurs performances diminuer, elles affichaient encore des taux supérieurs au PEL de 0,85 point pour 2016. Elles offrent en plus la possibilité d’intégrer des unités de compte qui permettent d’accroitre la performance. Il faut chercher davantage dans le contexte, et dans le cadre légal et fiscal avantageux qu’offre l’assurance-vie. Les débats autour de la loi SAPIN II avaient déjà eu pour effet d’enrayer la dynamique du produit. Les débats autour de la fiscalité de l’épargne apparus lors de l’élection présidentielle, qui ont perduré en période de préparation des lois de finance ont continué d’inquiéter les épargnants. Ainsi les assurances-vie (fonds euros plus unités de compte) représentent 1911,4 milliards d’euros à la fin du premier trimestre 2017, contre 1921 milliards d’euros à la fin de l’année 2016, soit une décollecte nette de 9,6 milliards. Il faut toutefois distinguer dans ce résultat, les fonds en euros dont les encours diminuent, des unités de compte qui progressent.

Les encours des principaux placements financiers représentent le montant de 4815,6 milliards d’euros. Le taux d’épargne des ménages français se situe à 14%, il est donc relativement important et stable. A titre de comparaison, la tendance chez nos voisins est plutôt à la baisse, il est de 7% en Espagne et tombe à 4% au Royaume-Uni. Il progresse toutefois en Allemagne pour atteindre 17%. Cette importante manne financière pose la question de son utilité au regard d’une part des besoins de financement de l’investissement, face au financement de la dette publique, et d’autre part de l’arbitrage de la fiscalité de la rente face à la rémunération du risque.

 


Epargne : oser le non-coté

Très lucratif, le non-coté ou « private equity » est aussi avantagé sur le plan fiscal. Faut-il prendre le risque ?

Pour Stanislas Cuny, responsable de l'activité private equity chez Amundi, les  entreprises non cotées constituent sans conteste un pari financier d'avenir. « En ciblant ce type d'actifs, non seulement vous bénéficiez d'une fiscalité avantageuse, mais surtout vous profitez d'un potentiel de performance remarquable (8,7 % en moyenne par an entre 2007 et 2016) du fait notamment de l'agilité intrinsèque de ces PME et ETI, bien plus aptes que les grosses structures cotées à prendre le virage de la mutation économique mondiale qu'induit l'émergence des nouvelles grandes tendances technologiques, environnementales et sociétales ».


Pour une clientèle avertie

Aussi prometteur soit-il, le private equity appelle cependant quelques bémols. Qu'il passe directement par l'achat de parts de FCPR (fonds commun de placement à risque), de FPCI (fonds professionnel de capital investissement, accessible aux particuliers dans le cadre de la gestion privée à partir de 100 000 euros), de FCPI (fonds commun de placement dans l'innovation) ou de FIP (fonds d'investissement de proximité), ou qu'il transite par l'enveloppe fiscale de l'assurance vie, de l'épargne salariale ou du PEA-PME, l'investissement dans des entreprises non cotées s'adresse en priorité à une clientèle avertie.
Il faut aussi être capable d'immobiliser les fonds une dizaine d'années durant et être prêt à essuyer une perte en capital.


Défiscaliser, un pari risqué

De fait, le private equity s'inscrit systématiquement dans une stratégie de diversification d'un patrimoine déjà constitué (la réglementation le limite par exemple à 10 % du montant d'un contrat d'assurance-vie).

A noter également, la prise de risque sera d'autant plus élevée que l'on opte pour le non coté dans le seul but de  réduire son impôt en souscrivant l'un des nombreux FCPI ou FIP qui inondent le marché entre octobre et décembre. « Leurs règles d'investissement plus contraignantes que celles d'un FCPR ou FPCI, peut réduire leur potentiel de rendement et de valorisation » souligne Stanislas Cuny.